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Un curieux testament

 Grégoire PORTERIE est né à Puntous le 11 mars 1765; son père est agriculteur, sa mère ménagère. Ses parents ont eu 16 enfants dont beaucoup sont morts jeunes; malgré tout, Grégoire PORTERIE deviendra instituteur et c'est à Puntous qu'il exercera ce métier.
Il se marie en octobre 1811 (il a alors 46 ans), avec une jeune fille de 17 ans, mais celle ci décède en février 1820 à l'âge de 25 ans. On ne connaît pas d'enfant à ce couple. Grégoire PORTERIE se mariera une seconde fois alors qu'il a plus de 60 ans avec une jeune fille, âgée de 37 ans de moins que lui.

En tant qu'instituteur, il exerce les fonctions de secrétaire de la mairie et dans certains actes d'état-civil, il se dit "Homme de lettres".

Le 9 juillet 1825, il rédige un testament olographe par lequel il:
"  légue à la commune de Puntous la nue propriété de ses biens meubles et immeubles sous certaines charges et conditions énumérées dans ledit testament, et pour doter l'école primaire de cette commune, et  légue l'usufruit desdits biens à son épouse pour, ledit usufruit éteint, là pleine propriété appartenir à ladite commune;
On lit dans cet acte : « Quant au reste de mes biens meubles et immeubles dont je n'ai pas disposé ci-dessus, j'entends et je veux qu'après le décès de mon épouse ils soient employés à la dotation de l'école primaire de cette commune, au logement et à l'entretien de l'instituteur, à la charge par lui d'admettre à son école et d'élever gratuitement les jeunes descendants de mon frère et de mes soeurs à quelque degré qu'ils soient, et, en outre, les enfants les plus pauvres de la commune de Puntous dont le conseil municipal arrêtera la liste; le même instituteur emploiera tous les ans la somme de 100 francs à l'éducation des filles issues de mon frère et de mes soeurs à quelque degré qu'elles soient. Je désire que mon épouse laisse à la masse, lors de son décès, les avantages que je lui ai donnés par mon contrat de mariage pour être joints a la dotation, et qu'elle charge en même temps l'instituteur d'admettre et d'élever gratuitement les descendants de Joseph Dupuy, son père; comme fondateur et comme j'y' suis autorisé par l'ordonnance royale du 29 févr. 1816, je réserve aux descendants mâles de mon frère et de mes soeurs les plus proches le droit de présenter l'instituteur. Chaque famille desdits parents sera représentée par l'aîné ou par celui qu'il déléguera parmi ses frères, chacun votera séparément et portera son vote par écrit au prêtre desservant la paroisse de Puntous; celui-ci choisira l'instituteur parmi les candidats proposés et le présentera à qui de droit pour l'examiner et l'autoriser. Les votes et le choix devront toujours tomber sur celui de mes parents qui en sera le plus digne par sa capacité, ses bonnes moeurs, et surtout par son sincère et effectif attachement à la religion catholique, apostolique et romaine.. Si l'instituteur, mon parent qui aura été élu, et mis en fonctions pour la première fois, laisse à sa mort des enfants mâles et que quelqu'un d'eux réunisse les qualités nécessaires, je désire qu'il soit choisi de préférence à tout autre et succède.aux fonctions de son père, et de même à l'avenir » .

Grégoire PORTERIE étant décédé le 3 janvier 1830, la commune de Puntous,  par ordonnance royale, en date du 15 janv. 1834, est  autorisée à accepter ledit legs pour (dit ladite ordonnance) le produit en être employé à la dotation de l'école primaire aux clauses et conditions exprimées dans ledit testament en tout ce qui n'est pas contraire aux lois et ordonnances relatives à l'instruction primaire; qu'à la suite de cette autorisation et par délibération en date du 10 févr. 1839, le conseil municipal a accepté ledit legs conformément à ladite ordonnance.

Toutefois Grégoire PORTERIE, n'a pas eu d'enfants non plus de son second mariage et donc pas d'héritier réservataire;la veuve PORTERIE étant décédée en 1875, les scellés ayant alors été apposés sur les biens dont elle avait eu l'usufruit, et la commune s'étant fait envoyer en possession de ces biens, les autres héritiers de Grégoire PORTERIE lui ont fait signifier un acte par lequel ils déclaraient s'opposer à la levée des scellés. Ces héritiers ont alors ouvert une action contre la commune de Puntous tendant à faire révoquer  le legs de Grégoire PORTERIE pour inexécution des charges et conditions sous lesquels il a été fait.La cour de Pau leur a donné raison.

La commune de Puntous estimant alors qu'elle était dans son droit a fait appel de ce jugement, et c'est le 28 décembre 1878 que la cour de cassation de Pau a définitivement tranché: le recours de la commune est rejeté....  voir le texte du jugement